Dommage que Montignac fasse couler autant d'encre pour ne semer que la
confusion. Dommage qu'il s'attaque à l'obésité infantile de si mauvaise
façon.
Lorsque Montignac attribue l'obésité du jeune enfant à la consommation
d'aliments à index glycémique élevé, je trouve l' approche réductrice
car il y a tellement de causes possibles à ce fléau.
Lorsqu'il met au
ban les protéines de lait de vache, je lui réponds qu'il a tort
et qu'il n'a aucune recherche scientifique crédible pour l'appuyer. De
fait , les enfants d'ici boivent moins de lait qu'avant et gagnent plus
de poids qu'avant. Cherchez l'étude qui relie les jeunes buveurs de lait
à des excès de poids et vous n'en trouverez pas, ni dans son ouvrage,
ni dans la littérature scientifique.
Monsieur Montignac est obsédé par l'insuline depuis des années. C'est ce
qui explique sa première croisade pour diminuer l'index glycémique de
nos menus car l'aliment à index glycémique élevé provoque une sécrétion
d'insuline qui mènerait selon lui à l'obésité. Le concept de l'index
glycémique mis au point par l'équipe du Dr David Jenkins de l'université
de Toronto au début des années 80 n'a jamais visé l'amaigrissement. Les
preuves accumulées depuis 20 ans sur la valeur de l'index glycémique
selon des chercheurs de partout, y compris l'équipe du Dr Dumesnil à
Québec, du Dr Willett de Harvard et du Dr Bourre de l'INSERM à Paris
se résument à un meilleur contrôle du diabète ( glycémie, insuline )
et une diminution des lipides sanguins. ( triglycérides et cholestérol
). Montignac, lui, fait la promotion de l'index glycémique pour faire
maigrir les hommes et les femmes. Il complique inutilement le concept
en y ajoutant des notions de combinaisons alimentaires pour de bien
maigres résultats à long terme.
Cette fois-ci, il adapte sa méthode compliquée pour lutter contre
l'obésité des enfants et y joint une attaque en règle des
protéines du lait. Toujours obsédé par l'insuline, Montignac cite des
travaux de recherche d'une équipe du Minnesota publiés il y a 14 ans qui
relient la consommation de lait à une secrétions importante d'insuline.
Surprise, car le lait a un index glycémique très bas. Deuxième surprise;
le lait pris avec l'équivalent d'une demi-tasse de sucre blanc provoque
une sécrétion plus importante d'insuline. Là s'arrête les découvertes
qui constituent la base de son argumentation anti-lait
Si Montignac avait poursuivi ses recherches pour connaître les travaux
plus récents de cette équipe du Minnesota, il aurait constaté que le
lait, le yogourt et autres produits laitiers frais pris à
l'intérieur d'un menu équilibré ne font pas monter l'insuline de façon
significative, ne font pas prendre de poids mais permettent un meilleur
contrôle du diabète.
L'effet des protéines sur l'insuline est une réalité reconnue
scientifiquement, qui a fait l'objet d'analyses comparables à celles
utilisées pour établir l'index glycémique d'un aliment. Ainsi, le
poisson a un index insulinique deux fois plus important que les œufs;
le bœuf, plus élevé que les céréales All Bran; le fromage, plus élevé
que les pâtes blanches; les légumineuses plus élevé que le pop corn.
Allons-nous cesser de manger des protéines pour autant ? Ce serait
oublier l'effet bénéfique des protéines sur l'énergie et la satiété. Ce
serait surtout ignorer le fait qu'une sécrétion d'insuline qui n'est pas
accompagnée d'une élévation de la glycémie ne favorise pas la mise en
réserve de gras. Or, Montignac n'a pas compris et s'obstine dans sa
lutte aveugle contre toute hausse de l'insuline.
Allons-nous éviter le lait et ses protéines? Je dis non, et pour au
moins deux motifs.
En premier lieu, le lait renferme plusieurs éléments nutritifs
intéressants; de plus, il est produit localement, disponible à l'année
et de bonne qualité.
En deuxième lieu, une série de recherches récentes dont au moins 4
études cliniques apportent des éléments qui contredisent l'hypothèse
Montignac. Le Dr Carruth de l'université du Tennessee a suivi des
enfants de 2 à 5 ans pendant presque 6 ans; il a évalué leur
alimentation et analysé leur composition corporelle; il a vu qu'une
consommation plus élevée de produits laitiers était associée à une
accumulation moins importante de tissu gras . Le Dr Zemel de la même
université a noté dans ses recherches en nutrition fondamentale que le
calcium alimentaire pouvait jouer un rôle au niveau de la régulation du
métabolisme énergétique qu'un apport plus élevé de calcium laitier
réduisait le gain de gras. Il y aurait une substance bio active dans les
produits laitiers qui permettrait de limiter l'accumulation du tissu
gras . C'est pour l'instant une piste prometteuse. D'autres chercheurs
ont observé des résultats semblables auprès de groupes d'adolescentes.
Le Dr Jacqmain de l'université Laval, collaboratrice dans l'étude des
familles de Québec, a également noté qu'une consommation inadéquate de
calcium est associée à une adiposité plus grande, particulièrement chez
les femmes. Comment ignorer ces constats dans une discussion honnête
autour du lait?
Montignac l'ignore et n'hésite pas à interdire le lait de vache, qu'il
soit entier ou écrémé, aux enfants ronds ou qui risquent de le devenir,
sous prétexte de limiter la sécrétion d'insuline. Il suggère de
remplacer le lait de vache par un lait de croissance jusqu'à l'âge de 3
ou 4 ans. ( Un lait de croissance correspond à un lait écrémé, dilué et
sucré, enrichi de fer et d'acides gras essentiels visant à prévenir la
carence en fer; or ce type de préparation n'est pas disponible ici, Dieu
merci ! ) . Il suggère aussi de remplacer ou encore de couper le lait
de vache avec du lait d'amandes, boisson sucrée à base d'amandes, faible
en protéines, pleine d'additifs et difficile à trouver. Il recommande
d'utiliser de la poudre de cacao sucrée modérément dans ce mélange pour
faire oublier le goût du lait. Quel astuce et surtout quelle imprudence
considérant que la poudre de cacao fait également monter l'insuline de
façon significative, selon les analyses récentes de Brand Miller de
l'université de Sydney en Australie.
Cette guerre aux protéines ne se limite pas à celles du lait de vache
puisque Montignac limite la consommation totale de protéines autant chez
la femme enceinte que chez le jeune enfant. Il ne se rend pas compte
qu'il contredit son propre modèle alimentaire riche en protéines ( soit
deux fois plus que les recommandations officielles ) repris dans tous
ses ouvrages. Les contradictions ne s'arrêtent pas là, puisque les menus
proposés pour petits enfants débordent de protéines: foie de
morue, côte d'agneau, flageolets et laitage au même repas, ou encore œuf
mimosa, côte de porc, purée de pois chiches et compote. Ses conseillers
scientifiques ont-ils négligé de vérifier le contenu en protéines? Et
que dire des nombreuses erreurs au niveau des apports recommandés, des
tableaux de valeur nutritive, des références mal rapportées.
Montignac a raté l'occasion de lutter sérieusement contre l'obésité
infantile. Ses suggestions abracadabrantes ne règlent rien, bien au
contraire.
(Ce texte
publié dans l'édition du 10 novembre 2003 du journal La Presse est signé par
Louise Lambert Lagacé, diététiste et auteur)